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08/06/2010

TURQUIE : UN REPOSITIONNEMENT INTERPELLANT

Les derniers évènements ayant interrompu le convoi soi-disant humanitaire vers Gaza a révélé au grand jour la rupture entre la Turquie et Israël, et plus généralement entre la Turquie et le monde occidental.

Cette rupture était pendante depuis quelques années maintenant, et est révélatrice du rapprochement entre Ankara et le monde musulman , et malheureusement avec les plus extrémistes du monde musulman soit le Hamas, l‘Iran et la Syrie.

L’appui apporté à cette occasion au Hamas tend également à décridibiliser l’Autorité Palestinienne, coupable à ses yeux de laïcité et de faiblesse vis-à-vis d‘Israël , et à embarrasser l’Egypte, co-participante au blocus de Gaza, et qui est sur le plan intérieur en lutte permanente contre les Frères Musulmans, organisation ultra-religieuse dont est issu le Hamas.

On pouvait craindre cette évolution depuis l’élection de Recep Erdogan, une élection révélatrice de la radicalisation des masses musulmanes, que ce soit en Turquie ou ailleurs. Il faut aussi constater que ce succès électoral fut grandement favorisé par la déliquescence des autres partis, et par les crises financières qui se sont succédées dans ce pays.

On se souvient du clash de la conférence de Davos, où Recep Erdogan condamna violemment et sans nuance Israël et s’y fit d’ailleurs rappeler à l’ordre, ce qui provoqua son départ définitif.

On peut raisonnablement supposer que non seulement la Turquie a soutenu publiquement l’ONG islamiste à l’origine de la flottille vers Gaza, mais qu’elle en est même l’initiatrice en sous-main, tendant ainsi le piège dans lequel est tombé Israël, prisonnier de sa politique aveuglément égocentrique, et permettant ouvertement le renversement d’alliance auquel nous assistons.

SUR LE PLAN INTERIEUR

L’ AKP, parti du premier ministre Erdogan, est qualifié d’islamiste « modéré », mais il a entrepris de façon insistante l’islamisation de la société turque, officiellement encore un état laïque.

Le projet de modification constitutionnelle autorisant le port du voile dans les universités ne fut bloqué que par le veto de la Cour Constitutionnelle, mais gageons que ce n’est que partie remise.

L’armée turque, garante de la laïcité, a fait récemment l’objet d’une purge très « soviétique ». La mise à l’écart d’un certain nombre de cadres, parallèlement à l’islamisation grandissante des recrues, permet de prévoir la chute prochaine de ce rempart de la laïcité.

La télévision turque a récemment diffusé un feuilleton violemment anti-israélien, reprenant les poncifs de la propagande anti-israélienne la plus basique.

De plus en plus de juges nommés sortent d’écoles coraniques.

SUR LE PLAN INTERNATIONAL

On assiste à la constitution d’un nouvel axe Ankara-Téhéran- Damas, dont un objectif commun est notamment la lutte contre le sentiment national kurde.

Ceci est illustré par le rapprochement spectaculaire avec l’Iran, dont le dernier accord d’échange d’uranium était en fait une tentative de soustraire l’Iran à ses obligations internationales. Déjà le 28/10/2009, recu à Téhéran, Recep Erdogan était chaleureusement remercié par Ahmadinedjab pour ses violentes critiques à l’égard d’Israël, et pour son soutien à l’Iran sur le dossier nucléaire.

En décembre, l’armée turque a mené des actions contre les Kurdes, en commun avec l’armée iranienne. Les deux pays passent de plus en plus d’accords dans les domaines économiques et politiques. En mai, le ministre turc des sports appelle au renforcement de la coopération avec l’Iran.

Il faut aussi noter le rapprochement entre la Russie et la Turquie entre autres sur le plan énergétique.

SUR LE PLAN INTER-EUROPEEN.

Erdogan apporte son soutien à la demande de la communauté turque d’Autriche, dont une majorité voudrait y voir légalisées certaines règles de la charriah.

On se souviendra aussi que lors de sa visite en Belgique, s’adressant à la communauté turque à Gand, il avait exhorté ses compatriotes à prendre la nationalité belge, mais à ne pas s’assimiler à la population locale.

En mars, le PM turc Recep Erdogan a marqué sa volonté de mettre en place des lycées turcs en Allemagne, ce qui a amené une réaction négative de Madame Merkel. De plus en plus apparaît la volonté du gouvernement turc de mettre en place partout en Europe, de véritables colonies de peuplement, échappant aux lois et coutumes locales.

LA TURQUIE A-T-ELLE ENCORE SA PLACE DANS L OTAN ?

Le virage à 180° de la politique turque pose évidemment question quant à sa place de membre de l’ OTAN. On se rappelle que récemment, la Turquie s’était brièvement opposée à la candidature du nouveau Secrétaire Général Fogh Rasmussen, sous le prétexte que celui-ci avait refusé de faire pression sur la presse danoise lors de l’affaire des caricatures, alors qu’il était premier ministre de ce pays.

Pour obtenir son accord, il a été promis à Erdogan la nomination de deux Turcs à des postes de haut niveau au sein de l’organisation…

Cela amène à se poser de sérieuses questions sur la capacité de l’OTAN d’encore assumer certaines missions , alors qu’un de ses membres dont on peut désormais douter de la loyauté, a accès à tous les plans et projections stratégiques.

 

Alors, il faut s’attendre à des bouleversements réellement inquiétants pouvant également affecter le Caucase et les Balkans, et ces nouvelles donnes géopolitiques rendent apparemment obsolète toute tentative de rapprochement entre l’Union Européenne et la Turquie.

 

D’ ACCORD ? PAS D’ACCORD ?? LAISSEZ-MOI VOTRE COMMENTAIRE !!

Jo Moreau

19:28 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : turquie, islamisme, otan, israel, europe | |  Facebook |

Commentaires

C'est affligeant de lire des articles pareilles.
D'accord, le premier ministre turc dérape souvent. Mais faut pas victimiser Israel non plus. Pour rappel, c'est un Etat non-laique et qui colonise (illégalement?) les terres de minorités.
Puis les relations turques-iraniennes sont mal perçues. Pourquoi? On ne critique pas les relations américaines-britanniques pourtant. Serait-ce parce que deux pays, l'un musulman, l'autre à majorité musulmane, qui s'entendent deviennent "dangereux" pour la politique guerrière occidentale?
On critique sans cesse (à juste titre sans doute) le dossier nucléaire iranien. On soupçonne, on sanctionne,... Mais faut-il rappeler peut-être qu'Israel a fabriqué des armes nucléaires de la même manière sans que personne ne critique ou sanctionne.

Tout cela pour dire, qu'au final, il est pénible de revoir toute cette propagande (israélienne?) ressortir. Evidemment, après le triste dérapage de l'armée israélienne et son image tâchée par (encore) plus de sang, il faudrait être peu attentif (voire pas du tout critique) pour ne pas constater là une lourde tentative de victimisation d'Israel et de diabolisation de la Turquie.

Critiquer d'accord. Mais ne pas faire d'amalgames. Cet article, c'est de la manipulation.
A bon entendeur.

Écrit par : Regard Critique | 09/06/2010

@regard critique : Merci pour votre commentaire. Je ne désire aucunement défendre la politique actuelle d'Israël, mais je pense celle-ci n'est pas la cause du repositionnement géopolitique de la Turquie, mais n'en est que le prétexte.

Écrit par : aldebaran | 09/06/2010

@ regard critique
s'il n'y avait pas israël , le pays qui prend tous les coups, il y a longtemps que nous aurions étés colonisés par les hordes islamiques.. Par contre celui qui tente de faire de la manipulation et de la désinformation , c'est vous..Apparemment , vous vous trouvez dans le camp des collaborateurs

Écrit par : jacques legrand | 11/06/2010

Ne pas croire que tout le peuple turc est derrière Erdogan.
Seules, les villes d'Istanbul et d'Ankara ont une majorité islamiste, ce qui représente environ 27 à 30 % d'islamistes modérés. Mais islamistes ne veut pas dire terroristes. C'est une chose qui doit bien être interprétée.
De plus, il a été reconnu sur les médias turcs qu'il y avait effectivement des djihadistes sur la 1ère flotille de la liberté.
Il ne faut pas donner de l'ampleur à un psychodrame entre deux pays qui continuent à avoir des relations officieuses en Suisse et ce n'est pas parce qu'un seul avion israëlien a été interdit de survoler l'Anatolie que l'aviation militaire ne peut pas continuer à s'exercer dans cette région.
Attatürk a copié la constitution turque sur celle de la France. Si Erdogan a pris des décision quant à certaines lois intérieures, celles-ci ont été vite abolies par la cour suprême turque. De même que l'éradication de certains militaires qui ont été licenciés et ont retrouvé leur poste après avoir fait recours à cette cour.
Ne diabolisons pas cette Turquie qui est un pays jeune, en plein essor économique, dont les jeunes ne veulent pas retourner dans l'obscurantisme, et qui, devant la porte fermée de l'Europe, recherche d'autres alliances.

Écrit par : geneghis | 03/07/2010

Bonjour, Geneghis.
Je suis bien conscient que tout le peuple turc n'est pas derrière Erdogan, cependant son parti a bien été élu. Il est vrai qu'il n'y avait pas beaucoup d'alternatives valables. Maintenant il faut être conscient aussi que le virage de la Turquie ne date pas de la "flotille", et que son rapprochement avec l'Iran notamment est spectaculaire. Je crois que la Turquie se repositionne pour exercer un véritable leadership politique, dans le souvenir (politique et non territorial) de l'Empire Ottoman. L'avenir nous le dira...

Écrit par : aldebaran | 04/07/2010

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