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28/04/2011

LE NUCLEAIRE : VADE RETRO SATANAS ?

Voici quelques années, plusieurs pays -dont l’Allemagne et la Belgique- avaient programmé l’abandon du nucléaire. J’avais toujours considéré qu’il s’agissait là d’un effet d’annonce populiste, motivée par des intérêts politiques ou électoraux souvent liés à la présence éphémère ou non de partis écologistes au sein même des gouvernements, ou influents dans la mouvance des partis.

Bingo, face aux réalités techniques et économiques, et il faut bien le dire, au vu des intérêts financiers considérables en jeu, cette sortie était récemment reportée ad vitam aeternam.

L’accident en cours à la centrale nucléaire du Fukushima, survenant par un hasard malheureux l’année du 25e anniversaire de l’explosion de Tchernobyl, a relancé le débat sur l’utilisation de l’énergie nucléaire dans le domaine de la production d’électricité.

Plutôt qu’un débat constructif sur les aspects techniques et prospectifs de cette énergie, nous assistons à un combat politico-idéologique sans nuances entre ceux qui sont « pour », et ceux qui sont « contre ».

L’énergie nucléaire a toujours eu une odeur de soufre, dont l’origine remonte à Hiroshima et à la guerre froide. On assista à cette époque à de grandes manifestations contre les armes nucléaires à travers l’Europe, qui étaient surtout des manifestations anti-américaines et anti-OTAN. L’existence des bombes du petit père des peuples (Staline) et des membres du Pacte de Varsovie ne provoquait apparemment aucune allergie radio-active chez les participants. Ce type de rejet idéologiquement orienté est d’ailleurs toujours sous-jacent à ce jour.

Certains prétendent que les centrales peuvent être fermées et remplacées avantageusement par les énergies « vertes », d’autres contestent violemment ce point de vue. Je ne rentrerai pas dans ce débat, chacun se livrant à une guerre des chiffres parfaitement justifiés et tout aussi parfaitement contestés, destinée à décrédibiliser définitivement l’adversaire.

Soyons clair : si je suis le premier à adhérer à la lutte contre les pollutions évitables, ou la production et la surconsommation de produits parfaitement inutiles, je suis clairement opposé à une écologie intégriste et rétrograde, admirative du « bon sauvage » et qui rêve d’un retour à une société mythique totalement irréaliste. Cette vision du monde est principalement motivée par la peur, peur du progrès, peur de l’avenir. Je ne suis pas prêt, et je ne suis pas le seul, à abandonner tout ou partie des acquis utiles de notre façon de vivre, au bénéfice d’utopies littéraires.

Ceci dit, il faut bien constater que la filière actuelle de la fission nucléaire basée sur l’uranium est dans une impasse. Ses inconvénients sont bien connus : l’accumulation infinie de déchets fortement radio-actifs dont on ne sait que faire, des réacteurs obsolètes qu’on ne peut démanteler, la difficulté ou même l’impossibilité de la modernisation de salles de contrôle par des composants actuels, et enfin le fait que les accidents ont souvent des conséquences économiques et humaines extrêmement importantes et spectaculaires. Dans l’étude financière, on omet soigneusement de prendre en compte les sommes énormes nécessaires à l’évacuation et au relogement de populations issues des régions contaminées. Enfin, si la sécurité technique des centrales est relativement bonne, le facteur humain doit également mis dans la balance, soit l’incompétence ou la négligence des opérateurs, soit des erreurs parfois grossières dans la localisation des implantations.

Faut-il pour autant condamner « le nucléaire » ? Bien évidemment non. Des recherches sont en cours -notamment dans la filière de la fusion thermonucléaire-, très prometteuses même si de nombreux obstacles subsistent. L’ utilisation du deutérium, élément en quantité pratiquement illimitée sur Terre et ne produisant pas ou peu de radio-activité pourrait être une voie parfaitement acceptable. Il ne faut donc pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Il serait aussi opportun de réévaluer la problématique du contrôle de la production nucléaire.

Malheureusement, en Belgique notamment, la perspective de l’abandon du nucléaire a mené aussi à l’abandon de cette spécialisation par de nombreux étudiants. Selon certains, la relève des techniciens employés par les centrales en activité en deviendrait même problématique.

Si le nucléaire est l’objet de toutes les avanies, il ne viendrait par contre à l’idée de personne de réclamer l’arrêt définitif de l’ensemble de l’industrie chimique par exemple. On a pudiquement « oublié » les accidents de Bhopal, qui fit à lui seul 20.000 morts et des centaines de milliers de malades, de Seveso, de AZF à Toulouse et de combien d’autres. Et que dire des accidents de circulation qui annuellement sont responsables dans le monde de dizaines de milliers de morts et d’un nombre gigantesque de blessés à des degrés divers.

En cherchant bien, on trouverait sans peine d’autres exemples de dangerosité bien plus aigue que le nucléaire, à commencer d’ailleurs par maman nature !

A l’heure actuelle, il n’y a pas d’alternative crédible à la production d’énergie par les centrales à fission nucléaire. Il faut renforcer leur sécurité d’utilisation dans l’attente de leur remplacement par d’autres filières plus fiables, y compris nucléaires.

Et même si l’Europe, continent en déclin, vertueux donneur de leçons s’abritant derrière de grands principes moralisateurs, devait seule abandonner le nucléaire, il suffit de regarder une carte du monde pour s’apercevoir que son minuscule territoire n’est nullement préservé de toute contamination accidentelle, tous les autres continents s’équipant frénétiquement de centrales nucléaires de plus en plus nombreuses.

Alors, à l’instar de nos voisins français, poursuivons les recherches fondamentales et osons des expérimentations. Plutôt qu’insuffler à nos jeunes la peur du progrès et le repli sur soi , redonnons-leur l’espoir en l’avenir et le goût en la science.

D’ ACCORD ? PAS D’ ACCORD ?? LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE !!

Jo Moreau. 

14:15 Publié dans sciences | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nucléaire, énergie, politique, écologie | |  Facebook |

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