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18/02/2014

LA PHRASE MAGIQUE - Merveilleux conte climatique

Félicien Bircland se ravisa à temps : il allait traverser le carrefour alors que le feu était rouge. D’habitude méticuleux, Félicien se plie volontiers aux diverses petites contraintes de la vie quotidienne. Cela tient à son caractère, mais aussi à ses fonctions occupées à la prestigieuse Université de Ploefokkerzeel. Il y occupe une chaire de géophysique , et s’efforce jour après jour de transmettre son savoir à une multitude d’adolescents des deux sexes, plus ou moins perméables à son enthousiasme.

Il entra dans une petite épicerie où il avait l’habitude de se fournir en menus achats. Mais lorsque l’accorte commerçante le salua d’un vigoureux - Bien le bonjour, Monsieur le Professeur, qu’est-ce que je vous sers ? Félicien Bircland resta quelque peu interdit : il ne se souvenait plus pourquoi il s’était arrêté ici. - Heu, un kilo de pommes vertes, Madame Dubrol. Il était certain de ne pas avoir besoin de pommes, qu’il n’aimait d’ailleurs pas particulièrement, mais il fallait bien se sortir dignement de ce mauvais pas. Pas de doute, Félicien Bircland était préoccupé.

Arrivé dans son studio, il s'attabla pour ausitôt s’apercevoir qu’il n’avait plus une seule tranche de pain (Ah, c‘est pour cela que …). Il mangea donc quelques quartiers de pommes vertes. Heureusement qu’à midi, il avait déjeuné au mess universitaire…Ensuite, il vida la litière souillée du chat dans la poubelle, la remplaça distraitement par des céréales au chocolat, et s‘affala dans son fauteuil préféré, qui était d‘ailleurs le seul présent dans la pièce.

Il regardait fixement le manuscrit posé sur la table devant lui. Plusieurs mois, sinon plusieurs années de travail sous la forme d’équations et de graphiques s’y trouvaient. Une démonstration limpide (pour les initiés) qui établissait de manière implacable que les variations de la gravitation initiées par les mouvements planétaires, combinées au rayonnement cosmique, suffisaient à eux seuls pour expliquer les changements climatiques observés sur notre planète. Et depuis plusieurs semaines, il s’interrogeait sur le sort qu’il devait réserver à ce travail considérable.

Félicien Bircland aurait tellement aimé voir son manuscrit édité par une revue scientifique, de premier plan si possible. Mais voilà, il apréhendait le fait qu’aucune de ces revues n’accepte de l’éditer, au vu des conclusions révolutionnaires et tellement à contre-courant de la pensée actuelle. Et même s’il trouvait un éditeur, il craignait les réactions négatives, voire même hostiles de son entourage professionnel.

Se voir considéré comme un original, risquer même d’être mis à l’index par la communauté universitaire, être la cible de pétitions hostiles, ou suprême déshonneur, se voir taxé de climatosceptique ou d’inféodé à l’industrie multinationale, non décidément, il n‘y était pas préparé ... Il ne s’étonnait même pas de voir son chat croquer goulûment sa litière.

Il en était là dans ses réflexions, lorsqu’une détonation assourdie le fit sursauter, et un épais nuage bleu se répandit face à lui. L’image d’un gros bonhomme tout aussi bleu coiffé d’un turban en émergea. Plutôt secoué, Félicien Bircland s’exclama : - Mais qui êtes-vous ? Et comment êtes-vous entré ? - Cool, répondit l’apparition avec un large sourire. Je suis ton parrain le djinn, et je sais le dilemme dans lequel tu es plongé. Je connais ta théorie, et je partage tes craintes devant les réactions qu’elle ne manquera pas de provoquer. Aussi, je vais te laisser ce petit papier. Tu y trouveras la phrase magique, qui ajoutée en fin de ton texte, permettra de tout résoudre.

Et tout aussi brusquement qu’il était apparu, le bon génie disparut de sa vision. A ses pieds, il ramassa un bout de papier. Bizarre, l’écriture était semblable à la sienne. Mais il n‘hésita pas à se ranger au conseil qui lui avait été donné, et il rajouta la phrase magique en conclusion de son étude :  

« Bien entendu, ces effets sur le climat de notre planète ne feront qu’amplifier les fluctuations causées par le largage du CO2 émis par les activités humaines ».

La phrase magique lui permit de publier son texte dans une revue prestigieuse, et sa renommée fut définitivement établie dans la communauté scientifique. Il reçut même des subsides conséquents pour la poursuite de ses recherches.

Il ne fut pas le seul à apprécier les vertus de la phrase magique. Un nombre croissant de scientifiques, ayant perçu tous les avantages de la formule rédemptrice, l’employèrent sans modération.

Ah, vous l’aviez également remarqué ?

Jo Moreau

13:45 Publié dans climat | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : réchauffement climatique, giec, co2 | |  Facebook |

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