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30/06/2011

FRANCE-BELGIQUE : UNE IDYLLE SANS NUAGES ?

Comme une majorité de Belges, j’ai une énorme sympathie pour mes voisins Français et leur beau pays. Par contre, leur incorrigible égocentrisme ne manque pas de me hérisser régulièrement. Leurs journaux télévisés nous ramènent régulièrement au temps de la réflexion du savoureux Major Thompson : « Chaque jour, le monde entier se réveille avec le regard fixé sur la France… » (dixit Pierre Daninos).

La diffusion ce 28 juin par la chaîne câblée Histoire, d’une séquence de la série « Histoire de comprendre » consacrée à Kolwezi, fut proprement renversante par le silence total -même pas une allusion- au sujet du rôle de la Belgique, et éclairant d’un jour nouveau tout un pan des relations parfois tortueuses entre nos deux pays.

Mais de quoi s’agit-il ? Au printemps 1978, 3 à 4000 rebelles katangais venant d’Angola et transportés par la 2e division cubaine, prennent possession de la ville de Kolwezi dans la province congolaise du Shaba (ex-Katanga). Bientôt, des exactions sont commises et provoquent la mort d’environ 700 Congolais et de plusieurs dizaines d’Européens (plus de 250 suivant certaines sources), tandis que 3000 autres -dont une majorité de Belges- sont dans une situation très précaire.

Nous sommes alors en pleine guerre froide, et l’influence de l’Union Soviétique grandit en Afrique, en symbiose avec l’intervention armée des Cubains dans plusieurs pays. La contagion risque de gagner l’Afrique francophone, suscitant l’inquiétude du président français Valery Giscard d’Estaing. Les mutins de Kolwezi menacent le régime du Président Mobutu, qui appelle à l’aide les Français et les Belges.

Une opération conjointe est alors envisagée, mais dès la première réunion entre les autorités militaires des deux pays, des divergences profondes quant aux buts d’une intervention apparaissent. Les Français désirent une véritable opération militaire en appui des troupes du Général Mobutu qui repousserait l‘insurrection, les Belges voulant se limiter strictement à une opération humanitaire, car le torchon brûle déjà entre Bruxelles et le régime de Kinshasa. Le Président Giscard d’Estaing voit là une excellente occasion de supplanter définitivement les Belges au Congo, et de renforcer son influence sur toute l’Afrique francophone.

Les Français vont alors tout faire pour retarder l’intervention belge, afin de recueillir tout le bénéfice politique de l‘action militaire. Ils ne donneront l’autorisation de survol de leur territoire par les C130 belges qu’avec plusieurs heures de retard, tandis que l’Algérie, qui a autorisé le survol par les Français, le refusent aux Belges. Ceux-ci doivent allonger considérablement les plans de vol de leurs appareils jusqu’à ce que l’ autorisation de traverser l’espace aérien français leur parvienne enfin . Les C130, qui devaient ravitailler sur une base française en Afrique, seront bloqués sur cette base d’autres innombrables heures avant de pouvoir poursuivre leur vol. Le timing exact est encore assez trouble, et diverge suivant les sources. Ce qui est établi voit les éléments du 2e REP (Légion Etrangère) sauter sur Kolwezi dès le 19 mai, tandis que les C130 belges amenant les premiers éléments des 1100 para-commandos qui étaient bloqués à Melsbroeck n’arriveront que le 20, mais feront quand même un boulot remarqué dans le ratissage de la ville et le sauvetage des otages. Les « frictions » entre les responsables militaires se poursuivront sur place.

Dans l’émission sus-mentionnée, pas un seul mot sur l’intervention belge. D’autre part, l’intervention de la Légion est présentée comme une grande première, ignorant magnifiquement l’opération Dragon Rouge de novembre 1964, lorsque les parachutistes belges ont sauté sur Stanleyville et Paulis (opération Dragon Noir), sauvant ainsi des milliers d’otages européens. Pour mémoire, cette opération fut ainsi qualifiée par les Américains : « The Dragon operations in the Congo-Dragon Rouge and Dragon Noir-were the first, and in many ways the most complex, hostage rescue missions of the cold war, Aimed at securing the release of nearly 2,000 European residents taken hostage during the Simba Rebellion in 1964 ».

Cette émission confirme une fois de plus le fait que l’historien ne fait rien d’autre que défendre une vision de l'Histoire qui corresponde à ses propres convictions, et d’autre part qu’un seul épisode aussi manifestement biaisé déprécie la crédibilité de l’ensemble de la série.

Je n’ai pas dû faire de longues recherches pour trouver des éléments qui confortent l’opinion que les relations franco-belge n’ont décidément pas toujours été idylliques. Et ce, sans remonter à la période d’une vingtaine d’années qui vit le rattachement des provinces belges à la France (1795-1815), et qui fut émaillée de nombreux incidents (dont la « guerre des paysans », et le soulèvement contre la conscription obligatoire).

Pour rester dans un contexte de guerre, nous nous rappelons aussi l’attitude particulièrement hostile du gouvernement français lors de la capitulation belge en 1940, alors qu’il s’apprêtait à agir de même…

Je suis par contre assez circonspect quant à l’éventuelle promesse d’intervention, rapportée par certains, de deux divisions françaises pour appuyer une éventuelle sécession de la Wallonie, lors de « l’affaire royale » en 1950, qui me parait relever plus de propos de bistrot que de la réalité historique.

Dans le livre de Pierre Stephany « Les années 60 en Belgique » par contre, j’ai trouvé les passages suivants, qui ne font que confirmer d’autres sources.

- Quant au rôle ambigu de la France, on le trouve dans de nombreuses sources faisant état de l’inquiétude et de l’irritation du gouvernement belge devant l’attitude de Paris. « Les Wallons constituent la prochaine sérieuse cible de la subversion française », écrivait à Londres le 13 février 1968 l’ambassadeur britannique à Bruxelles.

Selon l’ambassadeur de Belgique à Paris, des agents de l’Elysée poussaient à l’affrontement, et les organisations extrémistes flamandes recevaient des subventions françaises.

La Sûreté belge s’inquiétait tout autant de l’aide française à l’activisme wallon. (…) L’ambassadeur britannique à Paris pensait que le général (De Gaulle) encourageait le séparatisme dans l’idée de favoriser un jour la naissance, avec le voisin wallon, d’une grande francophonie. -

Il semble qu’ensuite, les convoitises de Paris sur la Wallonie se soient estompées, parallèlement au déclin industriel et à la paupérisation de celle-ci…

J’ai cité ces quelques éléments pour étayer ce qui est bien connu, soit que l’Histoire, jalonnée de grands discours et de visites officielles clinquantes et fraternelles, dissimule de nombreux et tortueux objectifs. Mais çà, ce n’est pas un scoop ! La Grande-Bretagne ne fut d’ailleurs pas en reste, dans son projet de mettre la main sur le Congo belge, (et sur le Katanga en particulier) et ce, jusque dans les années 30 sinon au-delà.

Quant à moi, c’est absolument sans arrière-pensée que j’attends avec impatience mes futures vacances en France !

VOS COMMENTAIRES (MODERES) SONT BIENVENUS !

Jo Moreau.

16:08 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : politique, histoire, journalisme | |  Facebook |

20/09/2010

MURAKAMI A VERSAILLES, ou le touriste grugé.

L’exposition d’œuvres contemporaines (que je n’ai pas vue) de l’artiste japonais Murakami dans les salles du château de Versailles provoque en France une polémique assez musclée. http://www.lesoir.be/culture/arts_plastiques/2010-09-13/m...

Lors de mes pérégrinations touristiques dans ce beau pays, il m’est arrivé à de trop nombreuses reprises d’être confronté au détournement de lieux historiques en faveur de manifestations aussi diverses que dégradantes (au sens paysager du terme). Le problème existe d’ailleurs aussi en Belgique, et je suppose dans d’autres pays que je n’ai pas le plaisir de connaître.

Je suis amateur de vieilles pierres, et de la magie qui s’en dégage. Me balader dans ces lieux parmi les fantômes de ses occupants d’il y a quelques centaines ou milliers d’années, me procure une émotion toute particulière. Cette année, je visitais le château de Biron, fabuleuse forteresse médiévale aux confins du somptueux Périgord. Mais ô horreur, les espaces libres à l’intérieur des remparts et certaines de ses salles, étaient parsemées de sculptures contemporaines monumentales de matrones gisant dans des positions pour le moins saugrenues.

Je ne porterai bien entendu aucun jugement de valeur sur cet artiste en particulier, et sur l’art contemporain en général. Mais je me pose la question de savoir à qui profite cette confusion des genres. Il y a tout d’abord le fait d’imposer à un public béotien, un étalage d’art très typé, qu’il n’est pas venu voir. On peut rapprocher cela aux tags qui fleurissent sur les murs de certaines de nos villes. Certains y voient une forme d’art, d’autres -dont je suis- , y voient du vandalisme pur et simple.

Et bien, j’estime qu’imposer une expression artistique élitiste et polémique, en totale inadéquation avec un lieu historique est -de la même manière- parfaitement assimilable à du vandalisme.

Je me pose aussi la question de savoir qui décide du choix de telle ou telle manifestation dans des lieux historiques, et sur quelles bases ce choix est tranché.

Mais que dire alors de l’exposition de gradins métalliques et de matériel de sonorisation dernier cri qui dénaturent totalement les arènes et autres espaces, qu’ils soient romains ou d‘autres époques, que ce soit à Arles , Nîmes, Vaison-la-Romaine ou ailleurs. Quand l’accès n’en est pas tout simplement interdit, sous prétexte de répétition en cours.

Cela m’est arrivé à plusieurs reprises, et notamment il y a trois ou quatre ans, lorsque je fis près de trois heures de route pour visiter la forteresse de Bonaguil. J’avais pourtant vérifié les jours et heures d’ouverture, mais l’accès m’en fut interdit (ainsi qu’aux autres touristes) sous prétexte de préparation d’un spectacle.

Le comble me semble cependant atteint avec la dénaturation complète des arènes de Fréjus, dont le lien ci-dessous vous informera plus complètement : http://www.lefigaro.fr/culture/2010/08/26/03004-20100826A...

Je suis conscient du fait que l’entretien de ces monuments nécessite des budgets considérables, et que toutes nos villes ne peuvent devenir des villes-musées.

Mais lorsque ces municipalités attirent des dizaines de milliers de visiteurs sur base de cette réputation, qu’en plus des subsides de l’Etat elles fassent payer des droits d’entrée parfois très élevés pour le budget du touriste moyen qui désire visiter ces monuments, et qui n’ont de cesse de les dégrader de mille manières, cela frise l’escroquerie.

Autres billets dans la catégorie « Loisirs ».

D’ ACCORD ? PAS D’ACCORD ?? LAISSEZ-MOI VOTRE COMMENTAIRE

Jo Moreau

16:24 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tourisme, patrimoine, sites, histoire | |  Facebook |